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Saint Pierre Yaméogo : "J'ai été censuré par le FESPACO"

Par Jacques Théodore Balima // Lefaso.net
  • Saint Pierre Yaméogo : J'ai été censuré par le [...]
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Publié le : 06/03/2013
Source : Lefaso.net
http://www.lefaso.net/spip.php?article53110

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Cinéaste burkinabè très connu, Sakama Pierre Yaméogo alias Saint Pierre Yaméogo n'a pas sa langue dans sa poche. Beaucoup le savent. Après avoir soumis son dernier long métrage, "Bayiri" ou le retour au bercail, en compétition au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) qui s'est déroulé du 23 février au 2 mars 2013, il a vu son film rejeté par le comité de sélection. Dans cette interview, il livre ses sentiments et donne son appréciation, "Tey", qui a remporté l'Etalon d'or de Yennega. Lisez !

Lefaso.net : Le FESPACO s'est achevé avec le sacre du cinéaste sénégalais, Alain Gomis. Comment avez-vous vécu cette fête du cinéma ?

Saint Pierre Yaméogo : J'ai vécu le FESPACO avec tristesse. Pas parce que je suis un peu aigri mais je me pose toujours la finalité, le but et le public cible des films que je fais. Puisque je suis exclu à chaque fois que je veux prendre part à la compétition au FESPACO. Si je ne donne pas mes films, des gens trouveront que je suis apatride mais si j'en donne aussi, mes films ne sont jamais retenus. Ce qui me convainc que le FESPACO préfère les cinéastes étrangers aux nationaux. Je m'en veux pour preuve que Adjouma Somé a été membre du jury d'un festival au Maroc. Mon film "Bayiri" concourrait avec "Tey". Il peut même confirmer que j'ai remporté le 1er prix à ce festival. "Tey" avait eu un prix d'interprétation. Mais je sens que le Burkina ne protège pas assez ses cinéastes. Car si c'était un problème de censure, je pense que le film ne devait pas sortir en salle à plus forte raison être projeté en hors compétition au FESPACO. Le faire est une insulte à un cinéaste qui a fait ses preuves dans le monde. Les organisateurs du FESPACO avaient le droit de le retenir pour la compétition ou ne même pas en tenir compte durant tout le festival. Mais ils ont mis mon film hors compétition sans raison. Le film a moins de deux ans et il n'est pas censuré. S'ils ne veulent pas me défendre parce qu'ils n'aiment pas ma tête, ce n'est pas grave puisqu'un ministre ou un délégué du FESPACO n'a pas à tenir compte de la personnalité de quelqu'un pour le censurer. J'estime que j'ai été censuré et à travers moi, c'est Apolline Traoré qui a été brimée. Parce que le "olala ! Pourquoi Apolline et pas Pierre" des gens a desservi Apolline Traoré. A cause du FESPACO, j'ai perdu. Et je ne comprends pas pourquoi le Burkina qui est la terre d'asile du cinéma et ses cinéastes ne sont pas reconnus. Ce qui est sûr, dans quelques jours, j'irai dans d'autres festivals et je pense que mes talents seront reconnus là bas.

La moisson a été maigre pour le Burkina à cette édition du FESPACO…

Oui. Je considère que le Burkina n'a pas eu ce qu'il mérite si on avait retenu beaucoup d'autres œuvres. Pour dire vrai, le prix de la meilleure interprétation féminine est un prix de compassion. Parce qu'il fallait faire quelque chose pour le Burkina, on a grouillé ce prix pour elle. Sinon elle aurait pu avoir un autre prix. Mais comme il y a eu injustice et que les gens étaient indignés, il ne pouvait que traiter Apolline en deçà de ses compétences. Les festivaliers qui sont venus dans mon espace culturel, se sont indignés du fait que le FESPACO ait rejeté mon film. Ils ont estimé qu'on avait favorisé Apolline à mon détriment. Alors que s'ils m'avaient discrètement demandé de ne pas me présenter au profit d'Apolline, je l'aurais accepté. Mais en agissant, ils nous ont-Apolline et moi-pénalisés. Je me demande bien quel argument ils pourraient avancer pour demander au gouvernement de financer le cinéma burkinabè. Cette situation me fait croire que le FESPACO est un festival à destruction massive du cinéma burkinabè. Je trouve d'ailleurs que le ministre et le délégué général du FESPACO n'ont pas fait leur travail.

Pensez-vous qu'il y ait des raisons politiques qui ont poussé le FESPACO à rejeter votre film ?

Certainement. Sinon je ne peux pas expliquer cela autrement. C'est peut-être ma personne qui ne plait pas mais je m'en préoccupe peu. On ne peut pas plaire à tout le monde. Pourvu qu'on plaise aux gens bien. On ne peut pas parler uniquement en mono, il faudra aussi le faire en stéréo. C'est ainsi qu'on fera avancer les choses. On nous pousse à parler comme des aigris. Fort heureusement que je n'en suis pas un. Je parle juste dans l'espoir de voir les choses s'améliorer. Mais j'ai honte pour le Burkina. Même Oumar Dagnon, jeune réalisateur burkinabè, dont le film documentaire a été primé à l'étranger n'a pas été retenu. Je ne sais plus quel cinéma, ils veulent promouvoir.

Quels sont les risques pour un film comme "Moi Zaphira" qui a fait une première grande sortie infructueuse au FESPACO ?

Le FESPACO est un festival de films de 2e main. Aucun cinéaste africain ne prendrait le risque de présenter son film en grande première mondiale au FESPACO.


LA SUITE, sur Lefaso.net

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